De quoi le Health Data Hub est-il le nom?

De quoi le Health Data Hub est-il le nom ?
[Publié dans InCyber ; logo de couverture repris à InterHop, alternative ouverte au HDH]

Le Health Data Hub est un organisme public chargé de simplifier et de standardiser l’accès aux données de santé, tout en garantissant la maîtrise et la sécurité de ces données. Il a été créé sur préconisation de la fameuse mission Villani sur l’Intelligence Artificielle dans une loi Santé de 2019.

Le Health Data Hub est donc un organisme qui construit un « commun » dans l’écosystème des données de santé. C’est aussi une vitrine pionnière de l’usage combiné du cloud et de l’IA à des fins bienveillantes d’amélioration du système de santé et de la recherche en matière de santé. Voilà bien un objet censé redonner confiance dans les vertus bénéfiques de la science et du progrès technologique !

Le Health Data Hub est un peu à la puissance bienveillante du cloud ce que la création de Paris Saclay a été à la recherche française. Peu importe que l’on écrase des projets fonctionnels existants (à l’APHP notamment), que l’on mette l’objet final avant les briques le composant, ce qu’il est important de montrer c’est le changement d’échelle, seul à même de produire les effets souhaités.

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Hélas, le Health Data Hub est aussi mal aimé que le plateau de Saclay. La faute au choix initial de Microsoft qui plombe d’emblée la dimension de vitrine. Quand on est un « symbole », le contenant importe autant que le contenu. Ici, le savoir-faire français s’arrêtera à l’intégration de Microsoft et à ce que l’on espère voir aboutir sur ce cloud. Comme pour le plateau de Saclay, tout n’est pas perdu, le temps peut faire son œuvre. Mais le démarrage est depuis lors un tête-à-queue.

Pis, l’entêtement à soutenir de manière répétée que les acteurs européens ne seraient pas au niveau de la vitrine, repoussant toujours les dates de transition de l’infrastructure, interroge franchement sur l’intention des auteurs de ces propos. Imagine-t-on vraiment les JO de Paris 2024 s’appuyer sur Alibaba comme infrastructure cloud ? Mauvais exemple car c’était prévu ! Imagine-t-on vraiment les centrales nucléaires françaises s’appuyer sur le savoir faire chinois à l’avenir ? Mauvais exemple encore…

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Le Health Data Hub s’inscrit dans un mouvement plus général de « laisser aller », où finalement plus personne ne s’aperçoit de la puissance dévastatrice des symboles, ni ne semble se rendre compte que « ça se voit », où plus aucun décisionnaire ne semble voir la difficile crédibilité de la parole publique sur la souveraineté numérique… Le Health Data Hub est devenu une vitrine du renoncement.

De quoi le Health Data Hub est-il le nom ? Du renoncement industriel à faire donc. Dans le cloud, cela ne surprend malheureusement plus tellement. Le problème est surtout dans le renoncement à la transparence radicale, à une forme d’honnêteté intellectuelle. Ce qui est le plus gênant au fond, c’est cette méthode où l’on camoufle ce renoncement derrière des éléments de language (EDL), des argumentaires « technico-bullshit », où l’on inverse la charge de la preuve constamment. Charge à ceux qui condamnent le choix de Microsoft de prouver qu’ils peuvent faire un Health Data Hub mieux sur ce cahier des charges qu’ils ne connaissent pas, et d’ailleurs sans argent ? On en est là… Peut être qu’il n’est pas possible d’assumer d’avoir fait ce choix autrement qu’ « à l’insu de son plein gré » ?

Mais vous savez le pire ? Un certain nombre de projets préexistants au Health Data Hub avaient fait leur preuve dans ce domaine ! Il eut fallu que notre quête de l’Excellence Pionnière Internationale considère un peu plus ce qui existe déjà (ce qui suppose d’accepter de ne plus prétendre à l’exceptionnel…), en apprécie les contours, les points forts et les limites. Peut-être même essaie de remédier à ces limites en s’appuyant sur ce formidable projet catalyseur qu’aurait pu être le HDH. Et adopte de fait une méthode radicalement nouvelle : la co-construction transparente basée sur des principes et des valeurs.

On ne peut pas vraiment en vouloir qu’à l’État. Après des années de projets pharaoniques entre cabinets de conseil et ESN qui n’ont pas toujours donné satisfaction, camoufler le renoncement est peut être ce qui préserve le mieux notre ego français.

Il n’empêche : la co-construction basée sur des principes d’actions et des valeurs de partage : voilà qui pour le coup aurait été une vraie révolution pour la France industrielle digne d’une vitrine ! Rassurez-vous, je ne suis pas naïf, je sais bien que l’on ne peut pas dépenser tout cet argent avec des entreprises françaises pariant sur des technologies européennes. Mais au fait… pourquoi au juste ?